Depuis longtemps déjà, je rêvais de ce prestigieux « rendez-vous des souteneurs » comme à un inaccessible sommet.


Ce dimanche-là, à 9 h 30 en gare d’Orry-la ville, nous étions déjà à pied d’œuvre et notre guide, c’était le célèbre Gidé.

Un instant, nous avons été tentés de monter dans le car qui stationnait devant la gare, mais, vous le savez comme moi, le chemin qui mène au paradis est rarement semé de roses !
Randonner, c’est un effort. Aucune machine, aucune recette, aucune pilule ne peut le faire à notre place, et finalement il faut toujours payer de sa personne. Ce qui est donné instantanément et qui ne requiert aucun entraînement n’apporte rien.
Aussi, c’est à travers la forêt, vers le chemin semé de ronces, que Gidé nous entraîna avec détermination.

La montée vers ce « sommet » que constituait pour nous la parcelle n° 376 de la forêt de Chantilly commença assez doucement, comme si l’on était en montagne.
Le paysage changeait : la forêt, les champs de blé bordés de coquelicots, les étangs à nénuphars... Le plaisir que nous procurait la découverte de paysages nouveaux nous faisait oublier la longueur de l’étape.

Puis, la vitesse augmenta progressivement jusqu’à devenir très rapide. Gidé, marchant loin devant, toujours invisible et pourtant toujours présent, nous menait maintenant à un rythme effréné.
Les tempes qui battent, le halètement sourd des marcheurs serrés les uns contre les autres, la sueur qui coule dans les yeux, aucun effort ne nous coûtait : Nous voulions mériter ce + qui brillait devant nous comme une étoile.

Enfin, à travers la lisière de la forêt, on aperçut la lumière d’une clairière. D’autres groupes, fourbus mais visiblement emplis de l’exaltation de la réussite, arrivaient en même temps que nous.
Et ce fut le pique-nique tant attendu !

Les groupes se mélangeaient pour communiquer leurs plaisirs, leurs émotions, leurs étonnements, leurs répulsions...
Chaque valeureux guide, entouré par la cour de ses fidèles, racontait les exploits qui, indéfiniment répercutés par la rumeur, avaient fait sa célébrité.

Mais il fallut bientôt songer au retour.
C’est un phénomène bien connu en montagne, le plus dangereux, c’est la descente. Car l’attention est endormie, on a l’impression d’avoir fait le plus dur, et patatras, on tombe dans n’importe quelle crevasse ou on se casse la cheville dans une moraine glaciaire.
Ce jour-là, à notre grand soulagement, Gidé sut nous aplanir les difficultés du terrain de sorte que le retour nous parut beaucoup plus court que l’aller.
D’ailleurs, autour de la table du Café de la Gare, les nombreuses participantes ne lui ménagèrent pas leurs témoignages de reconnaissance.

Dans le train du retour, je m’interrogeai sur les motivations qui poussent à faire une telle randonnée.
Suis-je certaine d’avoir compris ?
En vous regardant, marcheurs d’île de France, marcheurs des Alpes ou des Pyrénées, marcheurs de partout et de toujours, tout me conduit à prononcer ces mots : « Dépassement de soi »


Martine