C’était une sortie de distance très raisonnable, programmée afin de rassembler quelques Jeunes Randonneurs en clôture des fêtes de fin d’année. Une promenade soutenue de quelques 20 kilomètres pour reprendre pied après la trêve des confiseurs et en attendant les fêtes du cochon de feu qui marqueront le nouvel an chinois.
Mais bon, un départ tardif, un retour à Paris en fin d’après-midi et une météo engageante nous permettent de nous retrouver un peu plus nombreux. Qu’importe ! il n’est pas nécessaire d’avoir moins de 30 ans pour partager une galette des rois, symbole de la haute cuisine française, ni pour déguster d’autres mets au milieu de la Forêt Domaniale de Rambouillet. Une occasion en or pour se souhaiter tout ce qu’il y’a de mieux pour 2007 en devisant allègrement chemin faisant!


Nous voilà donc en route, partant de l’Est comme les trois rois, pour suivre non pas la lumière de l'étoile mais les quelques rayons de soleil qui nous accompagneront une partie de la journée. A priori, personne se trompa de train, destination Montfort l’Amaury et non pas Bethléem, que l’on chercha avec beaucoup de mal à trouver sur les panneaux de la Gare Montparnasse. On partait de la gare de Vaugirard, chausse-trappe pour les plus étourdis. En route, un de nos bretons s’essaya à un nouveau mode de portage…et plus tard, la terre promise se profilant au loin, quelques bourricots bien désœuvrés semblent curieux de nous suivre.


C'est qu'il nous faut soigner nos bretons aujourd’hui, faute d'avoir repéré les normands dans notre groupe ! à Montfort, cela tombe sous le sens ! Car si en son temps un comte de Montfort participe à la prise du Château Gaillard tenu par Richard Cœur-de- Lion, le comté eut par la suite son destin lié à celui du duché de Bretagne. Ainsi, sur le blason de la ville l’on retrouve la Normandie et la couronne d’Armorique, et on se rappelle que les Montfort donneront aux Bretons six ducs et leur dernière souveraine, la duchesse Anne.



On rentre donc dans Montfort l'Amaury par ce qu’il reste de l’une de ses sept portes qui, comme à Jérusalem, perçaient le mur d’enceinte élevé par Catherine de Médicis. Ce dimanche, les cloches sonnaient la messe de 11heures quant on rentra en ville. Mais la traversée sera furtive et délaissant le passé vinicole de la place, l’on suivra rapidement les préférences de l a reine Catherine, qui dit-on, ne détestait pas d'aller écouter bramer les cerfs dans la forêt.


Par la borne de du camps d'Henri IV et l’Etang de la Plaine, nous finirons la matinée en parcourant les Bois des Brûlins, vers le sud ouest pour le Bois des Longues Mares par des chemins bien détrempés par les pluies des jours passés. Les sous bois sont malheureusement trop denses pour se permettre de descendre plus au sud en se faufilant au milieu des futaies mais les grandes allées ne méritent vraiment pas qu’on s’y attarde. Soudain, les plus chanceux en tête de la troupe aperçoivent furtivement deux beaux cerfs, encore gênés dans leur fuite par leurs bois pleinement développés.


Donc ce matin c’est surtout de la boue! La progression peut être laborieuse, à part pour les plus expérimentés qui ont développé leur technique de marche. Et il y‘en a des qui !

Et sur une petite journée, c’est bien rapidement l’heure de poser le sac, au sec pour profiter de la pause déjeuner. Et forcément, toute notre belle équipée est à la fête : du pâté en croûte aux mandarines, on partage beaucoup. Sans oublier les breuvages : ce sera le cidre pour les cousins, le château de Monbazillac pour d‘autres, le thé, café ou tout simplement l’eau. Mais voilà que j‘en oublie les quelques Bordeaux !





Car si l'or de Melchior célébrait la royauté, l'encens de Balthazar la divinité et la myrrhe de Gaspard annonçait la souffrance rédemptrice, longtemps ce jour là, on a célébré le miracle de Cana : de l'eau changée en vin. Et l’on servit des galettes des rois, selon la tradition typiquement française qui avait déjà cours au XIVe siècle. On les partagea en autant de portions que de convives, plus une : la "part du Bon Dieu" ou "part de la Vierge", destinée au premier pauvre qui se présenterait. On n'en trouva point et si les parts furent généreuses, tout fut avalé! Une future reine simula, heureusement pour rire, la fève coincée dans le gosier,,,


Mais les fèves étaient bien là et cette année 2007 il n’y eut que des reines, qui toutes rivalisaient de coquetterie. Une future reine avait simulé, heureusement pour rire, la fève coincée dans le gosier,,,Le temps de prendre les dernières photos sur le lieu et nous voilà bientôt repartis par des portions plus sablonneuses de la forêt, en lisière de Gambaiseuil.



Allez ! quelques côtes au Poteau du Roi pour ce rappeler qu’on est bien au CAF, un passage par des parcelles de pins avant l'Etang Neuf qui ont bien souffert avec la dernière tempête, et on se croirait arrivés sur le littoral en pays landais.



Une pause en haut de côte pour se regrouper et on rejoint la vie civilisée en traversant le bitume à Grosrouve. Un chemin carrossable et puis le chemin est de nouveau bien

détrempé sur quelques centaines de mètres avant d’atteindre . Notre colonne s’étire un peu, et soudain c’est l’accident stupide : Catherine trébuche dans une petite ornière, laissée par un véhicule automobile. Une entorse, pense-t-on d’emblée, y cherchant l’influence du Père Fouettard qui aurait joué un sale tour à la fée Béfana. C’est moche pour notre participante qui ne peut plus marcher, mais heureusement, encore une fois les bretons sont là ! et c’est encore dans la bonne humeur ambiante et avec une efficacité redoutable que la blessée est transportée pendant que les secours appelés à la rescousse afin de prendre le plus rapidement possible en charge la blessée.



Mais les lois du hasard font qu’un ennui n’arrive jamais vraiment seul, même s’il faut se garder de la tentation de comparer ! Car il nous reste encore cinq kilomètres à parcourir pour atteindre la gare et l’heure tourne…et il y’a deux heures et demie entre le train prévu et le suivant. C’est donc une participante à l’autonomie éprouvée qui, munie de la carte au 25 000ème se charge de ramener prestement notre groupe à l’arrêt SNCF.


Prestement, parce que personne ne lambine! un vrai SO et même légèrement accéléré se souviendront certains, d’autres finissant même au pas de course cette journée au plein air. Et le groupe se retrouve dans le train, confortablement assis. De quoi revenir à Montfort l'Amaury un dimanche en début juin pour célébrer le cent huitième anniversaire de la fête des Bretons et du premier Pardon.

Merci à Yodette pour ses très belles photos et son jeu de jambes salvateur.