11 novembre en Forêt de Compiègne
Par Jean Dunaux, mardi 13 novembre 2007 à 21:39 :: #175 :: rss

Quatre-vingt neuf ans après sa fin, on ne l'a pas oublié. Notre monde actuel est maintenant blasé par les chiffres, on admet des raisonnements en dizaine de tetraflops par seconde, mais ces 8 millions et demi de morts ça marque encore un peu les esprits. On a pu lire que si les militaires morts dans cette guerre pouvaient défiler en rang par quatre, le cortège passerait sans arrêt pendant 81 jours et 81 nuits. On l'a appelé la Grande Guerre, la Guerre des Guerres ou encore la Der des Ders, mais c'était bien la première de l'ère moderne, Prems des Ders. 
Beaucoup d'entre nous ont côtoyé ces combattants qui ont survécu. Aujourd'hui, il n'en resterait que deux en vie du côté français. Le soldat sur ce cliché ne m'a jamais fait part de ses souvenirs et en arrière plan on remarque encore un peu de verdure, on devine un peu de soleil, pendant que d'autres s'emploient à faire du monde un désert.
Il avait très certainement de la chance et c'est peut-être pour cela qu'il sourit un peu. C'est mon grand père.

Ce dimanche, on partait donc s'aérer et profiter des derniers ors de la belle Forêt de Compiègne. Insouciants et peut-être même en pestant que le 11 novembre ose tomber un week end. Insouciants : on dit probablement trop facilement que les mobilisés de l'été 14 l'étaient aussi, convaincus d'une victoire rapide et assurés d'un retour pour les moissons ou les vendanges, comme nous pour notre train de 17 heures 09. Nous, on a eu notre train. On sait tous que beaucoup de nos ancêtres ne sont pas rentrés chez eux, même après quatre années d'horreur et que beaucoup d'autres ne survécurent pas longtemps après leur retour.


On prend la direction de l'Aisne qu'on longe peu de temps, pour couper à travers bois vers le Carrefour du Francport et le Rond-Point de l'Armistice.

Nous sommes ainsi sur place à 11 heures, ce 11/11, en vue du wagon où quelques signatures suffirent à conclure cet effroyable carnage.


Heureusement pour nous, les officiels et leurs discours sont programmés à 15 heures et l'on ne s'éternise pas. L'endroit est vraiment trop sécurisé pour de simples randonneurs et avec la solennité du lieu bien en tête, on déguerpit pour regagner une forêt plus profane.


Tout bon écolier aura étudié les quelques pages sur cette vraie boucherie dans son manuel d'histoire mais on s'imagine difficilement aujourd'hui le niveau d'horreur et le degré de torture psychique. Les mines, l'aviation, les gaz asphyxiants, les lances-flamme...après le tir à distance, c'est le corps à corps, la baïonnette quand ce n'est pas la pelle... 


On prend la direction des Beaux Monts que l'on grimpe, question de s'accorder un peu d'altitude. Sous nos pas, les feuilles bruissent gentiment, dans un mélange de tons rouille et ocre.



Evidemment qu'on se sent bien à se balader en forêt aujourd'hui ! Vraiment loin des univers gris et macabres, aux arbres déchiquetés par la violence aveugle de l'artillerie, aux troncs calcinés...


Vers 13 heures nous dominons la forêt au Mont Saint Marc au milieu de la futaie qui nous protège de la bise; on décide alors de casser une graine. Le paysage est enveloppé d'un silence paisible et on sort une bouteille pour fêter ce jour.


Et nous voilà repartis avant l'averse : profitant de l'air pur et des grands espaces. Après avoir longé Vieux-Moulin, on entame la belle remontée vers Compiègne. L'ONF ne nous permet pas un parcours franchement fantaisiste, avec ses longues allées au tracé rectiligne, mais les essences sont variées et le paysage est tout sauf monotone.

Soyez rassurés, notre sortie n'avait rien de morbide ni dévouée au recueillement. Simplement une pensée pour tous ces disparus et pour la folie de cette triste époque.



Donc, c'était l'armistice, la paix retrouvée, un jour de fête et d'espoir !
Et pourtant à notre arrivée dans Compiègne, l'Oise franchie, ce n'est pas un vol de blanches colombes qui nous accueille, mais quelques mouettes rieuses au cri rauque et sonore qui nous regardent ironiquement passer.

Commentaires
1. Le jeudi 15 novembre 2007 à 20:45, par xavier
2. Le vendredi 23 novembre 2007 à 21:42, par Liliana
3. Le lundi 26 novembre 2007 à 11:01, par Un lecteur
4. Le vendredi 7 décembre 2007 à 09:20, par Sylvie F
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