Ce dimanche, on partait donc s'aérer et profiter des derniers ors de la belle Forêt de Compiègne. Insouciants et peut-être même en pestant que le 11 novembre ose tomber un week end. Insouciants : on dit probablement trop facilement que les mobilisés de l'été 14 l'étaient aussi, convaincus d'une victoire rapide et assurés d'un retour pour les moissons ou les vendanges, comme nous pour notre train de 17 heures 09. Nous, on a eu notre train. On sait tous que beaucoup de nos ancêtres ne sont pas rentrés chez eux, même après quatre années d'horreur et que beaucoup d'autres ne survécurent pas longtemps après leur retour.

 

  

On prend la direction de l'Aisne qu'on longe peu de temps, pour couper à travers bois vers le Carrefour du Francport et le Rond-Point de l'Armistice. 

Nous sommes ainsi sur place à 11 heures, ce 11/11, en vue du wagon où quelques signatures suffirent à conclure cet effroyable carnage.


Heureusement pour nous, les officiels et leurs discours sont programmés à 15 heures et l'on ne s'éternise pas. L'endroit est vraiment trop sécurisé pour de simples randonneurs et avec la solennité du lieu bien en tête, on déguerpit pour regagner une forêt plus profane.

Tout bon écolier aura étudié les quelques pages sur cette vraie boucherie dans son manuel d'histoire mais on s'imagine difficilement aujourd'hui le niveau d'horreur et le degré de torture psychique. Les mines, l'aviation, les gaz asphyxiants, les lances-flamme...après le tir à distance, c'est le corps à corps, la baïonnette quand ce n'est pas la pelle... 

On prend la direction des Beaux Monts que l'on grimpe, question de s'accorder un peu d'altitude. Sous nos pas, les feuilles bruissent gentiment, dans un mélange de tons rouille et ocre.

    

Evidemment qu'on se sent bien à se balader en forêt aujourd'hui ! Vraiment loin des univers gris et macabres, aux arbres déchiquetés par la violence aveugle de l'artillerie, aux troncs calcinés... 

 

 

Vers 13 heures nous dominons la forêt au Mont Saint Marc au milieu de la futaie qui nous protège de la bise; on décide alors de casser une graine. Le paysage est enveloppé d'un silence paisible et on sort une bouteille pour fêter ce jour.

Et nous voilà repartis avant l'averse : profitant de l'air pur et des grands espaces. Après avoir longé Vieux-Moulin, on entame la belle remontée vers Compiègne. L'ONF ne nous permet pas un parcours franchement fantaisiste, avec ses longues allées au tracé rectiligne, mais les essences sont variées et le paysage est tout sauf monotone.

 

 

Soyez rassurés, notre sortie n'avait rien de morbide ni dévouée au recueillement. Simplement une pensée pour tous ces disparus et pour la folie de cette triste époque.


Donc, c'était l'armistice, la paix retrouvée, un jour de fête et d'espoir !

Et pourtant à notre arrivée dans Compiègne, l'Oise franchie, ce n'est pas un vol de blanches colombes qui nous accueille, mais quelques mouettes rieuses au cri rauque et sonore qui nous regardent ironiquement passer.