Balade naturaliste, géologique et culturelle en forêt de Fontainebleau

Le retrait progressif de la mer, que l'on nomme régression, est suivi d'une période d'exondation. Un marais s'installe dans les dépressions du site : de vastes chenaux orientés ONO/ESE sous la contrainte de profondes fractures qui entaillent le socle du Bassin Parisien. La silice, mobilisée par la circulation souterraine de l'eau se redépose cimentant le sable en vaste lentilles gréseuses. L'émersion finale donne lieu à la cimentation la plus étendue qui forme les platières (2) d'aujourd'hui. Les grès y ont moulé ça et là les plantes herbacées (3) qui peuplaient cette vaste zone humide. Suivant l'efficacité du processus, les grès obtenus auront des propriétés différentes qui leur vaudront le qualificatif de PIF (4), PAF (5), POUF (6), en rapport avec le bruit plus ou moins mat fait par le marteau à leur contact.

La silice n'est pas le seul élément à circuler dans le sable, des auréoles de couleur rouille marquent ainsi certains rochers (7) matérialisant la migration d'oxydes de fer avant la grésification . 
La protection à l'érosion offerte par ces zones de grès provoque une inversion de relief, les grès qui occupaient des cuvettes se retrouvant au sommet des reliefs. Il y a 25 millions d'années, un lac, le lac d'Etampes se met en place, inondant ces reliefs ondulés. Au fond de celui-ci, du calcaire se dépose (8) emprisonnant des mollusques dulçaquicoles, Limnées et Planorbes. 

 
 

A la fin du miocène, une épaisse couche de calcaire et de graviers recouvre les grès de Fontainebleau qu'une très lente érosion va progressivement mettre à jour. Les platières dont les blocs sont déjà prédécoupés (9) par la présence de fractures liées à l'action de failles profondes ont permis à l'érosion de démanteler la platière en provoquant la lente descente des blocs le long des pentes, donnant naissance aux chaos de grès (10). Aujourd'hui, le phénomène s'accélère en raison de la fréquentation du massif (11). Des solutions tentent d'être apportées par l'O.N.F ainsi que quelques associations telle le COSIROC. (12) 

Pour compléter votre lecture : Vous pouvez, tout comme moi, vous plonger avec profit dans les articles de Monsieur OBERT, géologue à l'université Pierre et Marie CURIE, que je remercie pour la relecture de ce texte. 


A découvrir chemin faisant 

Partez en direction du groupe de rochers de la Canche aux Merciers, et tout en traversant le chaos vers le Nord, observez la taille, la forme et l'aspect des blocs de grès. On peut découvrir, sur certains d'entre eux, une surface en peau d'éléphant que l'on a longtemps attribué à une forme d'altération du grès. Il semblerait plutôt que ce soit une forme de croissance de celui-ci, la succession des hexagones en contact qui occupent une surface minimale pour un volume maximal trahissant la compétition entre les grains de silice en croissance. 

Tapez avec l'aide d'un marteau (pas trop fort !) sur l'un d'eux, si le " PAF " (5) caractéristique ne vous frappe pas, essayez sur l'une des dalles blanches qui recouvre certains blocs le " PIF " (4) doit être bien différent ! Les premiers sont les plus répandus, le ciment siliceux ne forme que des liens entre les grains, les seconds sont dits grès quartzites car ils résultent de la recristallisation complète du ciment. La roche obtenue est particulièrement dure, lisse et cassante. 
Ramassez quelques grains de sable et observez les à la loupe (1), la majorité d'entre eux ont une surface émoussée et luisante conséquence d'un transport et d'un brassage par l'eau qui atténue les chocs. Certains grains miroitent, car ils présentent des faces cristallines. Ce sont les faces des cristaux de quartz en formation due à l'assimilation par les grains de sable de la silice circulante. 

Monter en direction de l'extrémité Est de la platière du Laris qui parle. N'accentuez pas ce faisant l'érosion anthropique et essayez de suivre scrupuleusement le tracé du sentier bleu ! Mais observez au passage la trace de l'aqueduc de la Vanne qui passe a mi-pente.

 Aqueduc de la vanne 

Construit du 8 Novembre 1867 au 12 Août 1874, il a une longueur de 173 Km, le collecteur principal ayant un diamètre de 2 mètres. A l'intérieur, l'eau circule par simple gravité, les sources hautes étant à 111 mètres alors que le réservoir de Montsouris est à 80 mètres. La pente n'est pas toujours régulière et nécessite parfois des aménagements. Regards espacés de 500 à 1000 mètres permettent tour au long du parcours surveillance et entretien. 

 

Au sommet faites une petite pause afin de profiter du paysage. Au delà de la route on aperçoit le Rocher de la Reine qui prolonge la platière sur laquelle vous vous trouvez (2). Constatez leur alignement suivant une direction ONO/ESE. En montant vous avez pu observer les effets de l'érosion qui affouille le sable sous les rochers provoquant leur lente descente (10). Vous avez pu constater aussi que ce n'est pas la chute des rochers qui provoque leur cassure mais qu'ils semblent déjà comme prédécoupés. Afin de vous en persuader continuez sur le sentier bleu pour un peu plus loin descendre en contrebas de la platière. Là on peut voir des blocs parfaitement en place mais déjà découpés par une série de fractures. Celles-ci sont très anciennes puisqu'elles existaient probablement déjà dans les sables qui ont donné naissance à ces grès et on permis la circulation de l'eau chargée de silice. En cheminant sur la platière on peut voir un peu plus loin le socle du télégraphe Chappe de Noisy.

  Télégraphe Chappe

Le télégraphe Chappe 

La première ligne est établie en 1794 entre Paris et Lille. Au milieu du XIX ème siècle, un réseau de 5000 km est opérationnel. Il comporte 534 stations et relie 29 villes. Le télégraphe se compose d'un régulateur qui peut être placé à l'horizontal ou à la verticale et de 2 indicateurs à chaque extrémité. 98 combinaisons sont envisageables. Seule une petite partie est connu des stationnaires qui reçoivent les messages. Les autres ne peuvent être décodées que par les directeurs des stations qui possèdent les correspondances de chaque position. L'inefficacité du système au cours de la nuit ainsi que par temps de pluie ou de brouillard conduiront à son abandon progressif au profit du télégraphe électrique naissant. 

 Puis on débouche sur une lande à callune caractéristique des platières de grès. 
 

 Lande à callune 

La callune est la plante caractéristique d'une formation, la lande. Elle s'y retrouve en association avec la Bruyère, toutes deux étant calcifuges et ne supportant que les sols siliceux et acides. Callune tire son nom du Grec " Kalluno ", qui signifie nettoyer, en effet, elle servait à la confection de balais. Si vous observez, à la loupe, le bord inférieur de l'une de ces feuilles vous pourrez y découvrir une fente qui abrite une chambre de climatisation feutrée de poils procurant à la feuille un air toujours calme et humide. C'est une adaptation de cette plante au vent et à la sécheresse qui règnent dans la lande.

Le long du chemin, sur certains des rochers qui le bordent sur la droite on observe des perforations centimétriques qui trouent la roche, il s'agit des traces de racines de végétaux fossilisés lors de la grésification du sable (3), elles sont la preuve de l'existence d'un vaste marais qui permit cette grésification avant l'installation du lac d'Etampes. Quittez maintenant le sentier bleu et bifurquez progressivement vers le Sud, en direction de la maison Poteau. Il faut traverser le Bois de la Charme dont le sous-sol calcaire déposé par le lac d'Etampes (8) est recouvert d'une mince couche de sable soufflé. Ce calcaire a permis l'installation de la chênaie-charmaie qui le recouvre.

La compétition entre le chêne et le hêtre 

Le chêne, calcicole, s'est installé sur toutes les surfaces de la forêt recouvertes de calcaire. Cette installation progressive est en train d'évoluer au profit d'une autre essence, le hêtre. En effet, la faîne de hêtre pousse très bien dans les endroits ombragés donc sous les frondaisons du chêne. Au contraire, le gland du chêne nécessite quant à lui un endroit bien ensoleillé ! Voilà pourquoi, si les forestiers n'y mettaient pas bon ordre, la hêtraie remplacerait progressivement la chênaie.

 
Gagner maintenant le monument des parachutistes au sud-ouest
Empreinte de calcite au pied du monument

 Monument de la résistance 

Erigé à l'emplacement du projecteur de liaison avec les avions venus d'outre-Manche, ce monument commémore l'activisme du groupe PUBLICAN. Le premier parachutage eut lieu dans la nuit du 21 au 22 janvier 1943. Alertés par des dénonciations, les allemands ne purent retrouver les armes cachées dans une grotte naturelle du domaine de Rochebelle . Ils finirent par mettre le feu à la forêt le 26 juillet 1943, espérant ainsi faire exploser le dépôt d'armes. Il n'en fut rien et ces armes servirent à la libération de Paris. Vous pourrez observer, sur certains des blocs de grès qui se trouvent autour, des trous en forme de losange, caractéristique des cristaux de calcite qui ont été dissous depuis.

Érosion anthropique et consolidation

Afin de compléter cette promenade, dirigez-vous vers les rochers des gros sablons en suivant le GR. En montant on peut constater les effets dévastateurs du piétinement anthropique (11) ainsi que les quelques ouvrages mis en place par l'O.N.F. et le C.O.S.I.R.O.C. (12). Le bloc d'arrivée du circuit noir présente un aspect étonnant (7): des auréoles de couleur rouille y montre la circulation d'autres éléments tel le fer. 
Sur le chemin du retour vers le parking, on pourra observer sur certains blocs qui bordent le chemin de la vallée d'Arbonne plusieurs étapes de grésification dans le grès ainsi que des grès POUF (6) caractéristiques par leur manque de tenue.

 Texte et photos : copyright Nathalie Cayla 1998