Dans le train il déploya la carte, ce qui somme toute est plus parlant qu’un écran de GPS, avec toutes ces couleurs et ces lignes.

Nous vîmes la boucle, et son doigt qui parcourait le vert et les petites courbes marron, parfois frileusement serrées, signe certain du dépassement de soi.


Il dit « Vous allez voir, ça tourne dans tous les sens ! ». Nous avions déjà le tournis, car d’après mes calculs, nous étions partis pour faire du 5,5 à l’heure très exactement et sans les pauses.

Dans son petit carnet, Xavier notait les noms de ses participants au cas ou il en perdrait.


Nous empruntâmes le chemin des vététistes : c’est étroit, zigzagant et pleins de petites bosses, pas mal du tout. Il faut se projeter dans les descentes, et grâce à la vitesse acquise, ça remonte tout seul, ou presque.

Le terrain : d’abord sableux, presque poudreux, à peine tassé par la pluie vite chassée par le vent ; ça soufflait au sommet du Mont Blanc !

L’ascension fut rapide et couronnée de succès. Le soleil commençait à chauffer, il fallut redescendre rapidement.


MONT BLANC




Au sable blanc succéda la glaise, quelques pentes raides et glissantes (là il faisait vraiment chaud). Dans les champs, nous adoptâmes la marche de l’empereur, qui consiste à se balancer d’un pied sur l’autre. On peut éventuellement secouer le pied pour se débarrasser de la terre, mais on risque de perdre sa chaussure.



MARCHE DES MANCHOTS



La question qui se posait alors était : « Peut-on décemment entrer dans la boulangerie de Larchant acheter des brioches feuilletées au sucre, spécialité du mari de la boulangère et des comme ça vous n’en mangez pas tous les jours croyez moi disait Johanne, avec nos godasses crottées au possible ? »

C’était purement rhétorique, bien entendu, car il était midi et demi passés. A la boulangerie, le vététiste devant moi était moulé (comme sa baguette) dans un tissu noir moucheté de crème jusqu’au cou.

BRIOCHE DE CHARDIN


Cela ne nous empêcha pas d’admirer auparavant, la magnifique basilique St Mathurin. Bien avant d’arriver à Larchant, on guette l’apparition de sa tour-chocher, puis on se tord le cou vers le bleu du ciel pour ne pas la perdre de vue. La nef est ruinée, mais deux étages de fenêtres en ogive, et à l’intérieur le chœur impressionnent (XII e). Tant de faste, tant de travail, tant de foi, et ce qu’il en reste dans ce petit village, jadis lieu de pèlerinage à l’eau miraculeuse qui soignait la folie : quels sont nos temples aujourd’hui, pour quels produits miraculeux et pour quelle folie ? Hein, je vous le demande.

VUE GENERALE LARCHANT


TOUR CLOCHER LARCHANT


                                      

                                                                                                   


Sur ce, la brioche ne fit ni une, ni deux, les trois quarts à vue de nez, un pur délice, dame Johanne avait raison. Il fallait atteindre la dame Jouanne et le chalet Jobert ou ses environs pour déjeuner, vers une heure Xavier l’avait prédit.

Nous hésitâmes quelques instants, Xavier nous présentant l’option : intérieur au chaud ou extérieur venteux sableux mais ensoleillé. Nous avions des boissons chaudes, oui mais ce vent… ; ce beau soleil oui mais ce sable humide… Nous balancions et personne ne voulait se résoudre au vote, car dans ces cas ou l’indécision est totale, il faut un bouc émissaire pour manier la clef qui ouvrant une porte, fermera l’autre. Un organisateur est bienvenu dans ces cas là, aussi.

                                                                   


ROCHER DAME JOUANNE CARTE  POSTALE




DETAIL BRIOCHE SEPIA


     Brioche ou rocher ?


Ce fut donc l’intérieur, mais comme le chalet était fermé, ce fut à l’extérieur. Bien à l’abri du vent, au soleil, autour d’une table. Contingence heureuse !

Sylvie nous l’apprit, elle qui s’initie à la voie mauve (attendez voir !), le chalet changeait de propriétaire et pour l’instant, nul ne sait lorsqu’il rouvrira. Jacques sortit alors son bordeaux (là, je me souviens de Jacques au sommet d’un col pyrénéen sortant du sac une bouteille de Bordeaux pour fêter ça !) et nous fîmes une tablée respectable de huit convives, moitié aveuglés de soleil, moitié dos au chaud.

CHALET JOBERT

                                            
                                                      


Du coup je ne sais plus si l’éléphant vint avant ou après, mais peu importe. Ne vous y trompez pas, la forêt de Fontainebleau regorge de pachydermes (désolée, c’est aussi irrésistible que la brioche) :

ELEPHANT APREMONT

Apremont

ELEPHANT LARCHANT

Larchant

 

Si d’aventure vous vouliez, ô randonneur ! , emprunter la voie mauve, ne commencez pas par la fameuse arête de Larchant (15m du sol au sommet).

Il vous faudrait d’abord vous hisser dans une légère conque jusqu'à atteindre main droite une bonne prise au fond d'une sorte d'oreille, puis traverser par une bascule vers la face ouest pour vous rétablir sur une fine vire ; de là, récupérer le fil de l'arête par une bascule vers la droite, puis remonter jusqu'à une grotte que vous enjamberiez par la droite ; puis rejoindre la sortie en face ouest par une traversée en écharpe, sous la boule sommitale.

Aérienne, la dame Jouanne tente bien des grimpeurs.

ARETE DE LARCHANT

D’un pas alerte, nous quittâmes ce croissant de grès stampiens (au Busseau, on oblique résolument au sud-est), et quand le soleil, comme une loupiote rose au bord d’un lit, éclaira d'ombres les environs, nous étions près de fermer la boucle. 

Finalement, ce fut 31 km à 5,3 km/h de moyenne, pour une randonnée soutenue en style et en intensité.

BASILIQUE LARCHANT FLEURIE



BONNE ANNEE A TOUS,

PLEINE DE BELLES RANDONNEES !