Durcir la voie normale du Mont Blanc?

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JFM
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Durcir la voie normale du Mont Blanc?

Message par JFM » 11 avril 2018, 08:31

L'ascension du Mont Blanc par l'arête des Bosses attire l'attention de la presse nationale en raison de la dangerosité réelle de l’accès au refuge du Gouter via le refuge de Tête Rousse. Cet article paru dans le quotidien "La Croix" et signé de Jean-François Fourne l'illustre avec le rappel des positions des acteurs locaux: Préfet de Haute-Savoie, Maire de la commune de Saint Gervais, experts désignés par le Préfet, responsables des syndicats de guides professionnels.
Voici le contenu de l'article où est souligné l'inexpérience des accidentés.

"Vers un durcissement de l’ascension du mont Blanc
Jean-François Fournel, le 30/03/2018 à 6h00
L’été dernier, les décès sur la voie la plus facile du mont Blanc ont doublé, ce qui conduit les professionnels de la montagne à envisager de remettre en cause le principe du libre accès pour tous en haute montagne.
Un rapport commandé par le préfet de Haute-Savoie préconise de démonter les installations d’aide à l’ascension pour obliger les candidats à maîtriser les principes de base de l’alpinisme avant de se lancer.
De juin à août, l’affluence sur le mont Blanc dépasse 200 personnes par jour.
Une petite révolution est en marche du côté de Chamonix et surtout de Saint-Gervais, ville d’accès naturel vers le mont Blanc via la voie dite normale du Goûter, la plus facile. De plus en en plus de voix s’élèvent pour réclamer le contingentement des accès au toit de l’Europe, en contradiction avec le principe du libre accès aux sommets qui régit l’alpinisme en France depuis plus de deux siècles. Cette mesure liberticide a été adoptée par les autorités régissant les ascensions les plus populaires du monde, celles de l’Everest, du mont McKinley en Alaska et, plus près de nous, du Cervin suisse.
En France, cette idée fait débat, mais on ne voit pas très bien comment faire autrement car la cote d’alerte est largement dépassée, explique Christian Jacquier, président du Syndicat national des guides. Le mont Blanc est victime depuis quelques années de son succès. Durant la pleine saison, entre le mois de juin et le mois d’août, l’affluence sur le point culminant de la chaîne des Alpes dépasse les 200 personnes par jour, dont la moitié seulement a pris la précaution de s’assurer les services d’un guide.
On voit des choses incroyables, des gamins de 6 ou 7 ans à plus de 4.000 m avec leurs parents ; des cordées de sept ou huit alors que les guides ne prennent jamais plus de deux clients à la fois ; des gens qui se lancent sur l’arête finale sans aucune préparation, poursuit Christian Jacquier.
Les voyants sont passés au rouge écarlate l’an dernier avec 14 décès, soit deux fois plus que la moyenne annuelle. Selon La Chamoniarde, une association locale de prévention de risques en montagne, tous ces accidents mortels, douze sur la voie facile du Goûter et deux sur l’itinéraire plus exigeant de l’aiguille du Midi, étaient le fruit de l’imprudence ou de l’impréparation.
Le pire a été atteint quand un homme en tenue légère a trouvé la mort après s’être perdu, ce qui a provoqué la colère du maire de Saint-Gervais. L’élu a pris sur lui de publier en août un arrêté municipal menaçant d’amendes les alpinistes mal équipés qui risqueraient leur vie, mais aussi celle des sauveteurs partis à leur secours. Cet arrêté a été rejeté par le préfet de Haute-Savoie, au motif qu’un tel texte est illégal et surtout inapplicable, à moins de poster un gendarme municipal derrière chaque névé.
La préfecture a néanmoins commandé un rapport à deux guides faisant autorité dans les vallées, Pascal Chappeland, président de la Compagnie des guides de Saint-Gervais, et François Marsigny, chef du département alpinisme de l’ENSA, l’École nationale de ski et d’alpinisme formant les guides.
Ce rapport rencontre l’adhésion de la plupart des professionnels, poursuit Christian Jacquier. Plutôt qu’adopter la politique du bâton chère au maire de Saint-Gervais, ce document valide une piste de travail pragmatique dans son application et ne posant pas de problème juridique. Il s’agirait de démonter une partie des câbles qui avaient été installés ces dernières décennies sur la voie du Goûter pour faciliter la montée sans obligation de s’encorder, et de les remplacer par des dispositifs de sécurité plus exigeants. Ces nouveaux équipements imposeraient aux candidats à l’ascension de maîtriser deux gestes de base : l’encordement et le cramponnage.
Cette méthode a fait ses preuves au Cervin. Là-bas aussi les dispositifs facilitant trop l’accès étaient devenus accidentogènes, poursuit Christian Jacquier. Autre argument : ces dispositifs permanents en place depuis longtemps ont vieilli, ils sont de plus en plus fragilisés par le réchauffement climatique qui rend le sol plus friable et les attaches au sol de ces câbles moins fiables.
On attend maintenant la décision du préfet, mais il y a urgence car la saison va bientôt commencer, poursuit Christian Jacquier. D’autant que la multiplication des accidents et la présence de ces câbles permanents abîment la réputation et l’esthétique d’un site dont le dossier d’inscription au patrimoine de l’humanité est en cours."

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