MAM

Les discussions sur l'alpinisme en général, les événements en région parisienne ou ailleurs.

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JFM
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MAM

Message par JFM » 14 novembre 2018, 19:13

Revenir sur l'article du "Dauphiné Libéré" publié le 29/01/2018 et intitulé "Sauvetage d’Élisabeth Revol". La journaliste Audrey Dufour nous décrivait cet accident et rappelait ce qu'est le "mal aigu des montagnes".

"Le 28 janvier 2018, des membres de l'expédition polonaise qui tentaient la première hivernale du K2 sauvent l'alpiniste Elisabeth Revol sur le Nanga Parbat."
► "Que s’est-il passé sur le Nanga Parbat ?"
Difficile de connaître le déroulé précis des événements pour l’instant, mais il semblerait que l’alpiniste polonais Tomek Mackiewicz a été victime du mal aigu des montagnes. Jeudi 25 janvier, l’alpiniste française Élisabeth Revol, qui effectuait avec lui l’ascension du Nanga Parbat, un sommet de 8.125 mètres dans le nord-est du Pakistan, signale que les deux grimpeurs sont en difficulté vers 7.500 mètres, lors de leur descente.
Ils parviennent à revenir 250 mètres plus bas au terme d’une journée éprouvante, mais l’état du Polonais est fortement dégradé. Élisabeth Revol souffre elle-même de gelures et de cécité des neiges. Affaiblie elle ne peut venir en aide à son compagnon. Face à une météo qui se dégrade, Élisabeth Revol décide de redescendre seule et parvient à 6 700 mètres, où des secours réussissent à la rejoindre dans une opération exceptionnelle.
► "Qu’est-ce que le mal aigu des montagnes (MAM) ?"
Tomek Mackiewicz présentait des signes d’œdèmes cérébral et pulmonaire, deux des formes les plus graves du MAM. Ce mal est dû à l’altitude et peut toucher tous les alpinismes même en excellentes conditions physiques tant qu'ils ne se sont pas acclimatés aux hautes altitudes. Ce syndrome se déclenche au-delà de 3.000 mètres, parfois même dès 2.500 mètres, explique Marie-Anne Magnan, médecin à l’École national de ski et d’alpinisme (ENSA) à Chamonix. À 4.000 mètres, 70 % des personnes en souffrent. À l’origine du MAM, une plus faible pression due à l’altitude, et donc moins d’oxygène disponible. La respiration s’accélère, la tête tourne, l’appétit diminue, l’équilibre devient instable, des nausées et des vomissements se produisent. Le MAM peut aboutir à un œdème cérébral et/ou pulmonaire. Du fait de l'oedème, le volume cérébral augmente dans une boîte crânienne inextensible. L'hypertension intracranienne entraîne des hallucinations, puis un coma et la mort. Dans les poumons, la pression artérielle pulmonaire augmente rompant les parois des alvéoles pulmonaires, les alvéoles se remplissent d'eau. L'alpiniste se noie et meurt.
► "Que peut-on faire contre le MAN ?"
Pour limiter l’apparition de ces symptômes, la seule solution est de respecter des paliers d’acclimatation. Marie-Anne Magnan recommande ainsi de ne pas grimper de plus de 400 mètres entre deux nuits consécutives. Autrement dit, si l’on passe une première nuit à 3.000 mètres, la suivante doit être à 3.400 mètres au maximum. Il est possible de monter plus haut dans la journée, mais il faut redescendre pour dormir à une altitude inférieure à ce seuil, car le sommeil est la période la plus critique. Les symptômes mettent en général entre 4 et 8 heures pour apparaître, c’est pourquoi les usagers d’un téléphérique ou les skieurs à la journée ne les ressentent que rarement. C’est aussi pour cela que certains alpinistes privilégient un équipement ultraléger pour faire l’aller-retour au sommet plus rapidement. En cas d’apparitions des premiers symptômes, une seule solution : redescendre le plus vite possible : les premiers symptômes sont rapidement réversibles si l’on redescend d'au moins 1000 mètres, mais les alpinistes souffrant d'un oedème cérebral sont incapables de le faire seul...". Ce fut aussi le cas d'Elisabeth Revol qui souffrant d'hallucinations retira l'un de ses gants...

C'est l'intervention des alpinistes polonais et des pilotes pakistanais d'hélicoptère qui a sauvé Elisabeth Revol. Pris en charge par la structure médicale créée par le Dr Emmanuel Cauchy dès son évacuation héliportée et jusqu'à son transfert en France et son hospitalisation au Centre Hospitalier Général d'Annecy, Elisabeth Revol a guérie sans séquelles de ses gelures graves des extrémités comme l'ont noté ceux qui ont assisté à l'UNESCO à la conférence "L'appel de la Montagne" organisée il y a peu par l'Ambassade du Pakistan à Paris. Elle reste face au souvenir de son compagnon disparu...

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