Blog du CAF IdF

Par les chemins, les lacs et les rivières du Québec (2ème partie)

Le voyage itinérant en groupe est un exercice délicat, une cohabitation de tous les instants s'avérant parfois quelque peu épineuse. Mais, en contrepartie, quel enrichissement de pouvoir, tout au long des journées passées ensemble, échanger avec ses compagnons de voyage ses émotions, ses enthousiasmes et, pourquoi pas, ses déceptions !

 

Mercredi 21 août

Aujourd'hui, nous quittons le parc de La Jacques Cartier pour filer plein nord en voiture jusqu'à l'Anse Saint-Jean, village situé en bordure du fjord du Saguenay. Le paysage change, devient plus marin, l'air prend une odeur de sel.

Fjord est un terme norvégien désignant une ancienne vallée glaciaire qui a été envahie par la mer depuis le retrait de la glace. C'est une formation qui n'existe qu'à des latitudes supérieures à 40°. Son aspect physique est celui d'un bras de mer étroit aux côtes très escarpées et qui s'avance dans les terres sur plusieurs dizaines de kilomètres.


Le fjord du Saguenay est en fait un affluent du Saint-Laurent. Mais comme leur confluent se situe sur l'estuaire du Saint-Laurent, dans la partie dans laquelle la mer remonte, eh bien la mer remonte aussi dans le Saguenay !

La route que nous suivons ne va pas plus loin que l'Anse Saint-Jean, ce qui fait de ce havre naturel une sorte de bout du monde qui s'étire le long de la petite rivière Saint-Jean jusqu'au fjord.


Une balade nous permet de photographier le pont couvert en bois vert et blanc, réplique dit-on d'un ancien pont situé à Florac en Lozère. Les cinéphiles se remémoreront le film Sur la route de Madison où un pont de ce type symbolise les amours de Clint Eastwood et de Méryl Streep.


L'auberge La Fjordelaise se situe un peu en hauteur au-dessus de la plage et face au fjord. Nous avons loué pour trois nuits la maison Rosalie qui est une annexe de l'auberge. Cette ancienne et confortable demeure en bois est entièrement à notre disposition.

Du coup, nous décidons de prendre l'apéritif et le dîner chez nous. Nonchalamment assis dans la balancelle sur le long balcon couvert à balustrade blanche, nous observons les canoës qui accostent dans le soleil couchant.

Ici, les maisons ressemblent à des jeux de Lego avec leurs façades lisses de couleurs vives. Des jardinets bien entretenus, proprets, des fleurs partout, la niche du chien et le cabanon de jardin assortis à la maison, la boite aux lettres fixée sur un poteau, on se croirait dans une bande dessinée chez Mickey et Minnie.


Les constructions traditionnelles étaient en rondins (appelés « bois ronds ») ou en lattes de bois. Actuellement, on construit plutôt avec de grandes plaques de bois moulurées façon lattes ou, moins cher, en PVC imitant les lattes de bois. Certains toits sont à double pente dans le style Mansard et nous sommes émus de retrouver l'influence française dans cette région orientale du Canada, bien qu'il n'y ait là rien de bien étonnant puisque les premiers colons sont venus en grande partie de Normandie.

Jeudi 22 août

Nous faisons route vers un village nommé poétiquement Rivière Eternité et de là nous entrons dans le parc national du fjord du Saguenay. Le Chemin de la Statue nous fait longer une rivière dont l'embouchure est encombrée de bancs de sable.

Tout au bout du chemin, sur le cap Trinité, une grande statue de la Vierge en bois recouvert de feuilles de plomb domine le fjord, hissée là au XIXe siècle par des marins intrépides.

Selon une légende amérindienne, la forme particulière à étages du cap Trinité serait le résultat du combat entre Mayo, le premier indien montagnais, et un esprit malin. A cette époque-là, le grand manitou avait noyé tous les mauvais esprits dans le fjord. Mais un jour que Mayo pagayait sur le Saguenay, une créature surgit de l'eau pour l'attaquer. Mayo, n'écoutant que son courage, prit la bête par la queue et la fracassa trois fois sur la montagne. C'est au troisième coup que le monstre fut broyé, ce qui explique les trois paliers sur la falaise.

Quoi qu'il en soit, ce cap est l'endroit rêvé pour observer le fjord avec en mémoire tout ce que nous a appris le petit musée visité le matin même : le seigneur des lieux mesure de 1 à 5 km de large, 100 km de long, 275 m de profondeur. L'onde de marée pénètre dans le fjord deux fois par jour et l 'amplitude est forte (de 3 à 5 m). On y trouve des requins, des baleines et toutes sortes d'espèces qui vivent habituellement en mer. L'eau est salée en profondeur (c'est celle qui provient de la mer), et douce en surface (c'est celle qui provient des rivières avoisinantes). L'hiver, l'eau douce de la surface gèle, ainsi le fjord est couvert d'un mètre de glace. Un brise-glace dégage un chenal au milieu pour laisser passer les bateaux.

Toutes ces évocations de froidures hivernales nous donnent envie de revenir ici l'hiver avec des raquettes et c'est la tête pleine de projets que nous prenons le chemin de retour vers notre chère maison Rosalie.

Vendredi 23 août

Le temps est idyllique, avec cette limpidité de l'air qu'on ne rencontre l'été que dans les pays du nord.

Belle randonnée de 6 h de marche à travers la Montagne Blanche. Nous traversons d'abord une forêt de bouleaux jaunes, puis de résineux, puis une sorte de lande parsemée de gros rochers. Ensuite nous descendons le long d'une rivière obstruée de barrages de castors. En amont de chaque barrage, un petit lac qui a pour fonction d'élargir le garde-manger du castor. Le rêve de ce curieux animal : transformer le Canada en un immense lac piqueté d'îles !

Le grand fjord scintille au loin comme une mer tropicale, mais il ne faut pas s'y tromper : l'eau est glaciale sous la surface !

Samedi 24 août

Dernier petit-déjeuner somptueux à l'Anse Saint-Jean. Le temps est imperturbablement beau. Nous prenons la route jusqu'à Chicoutimi où le fjord devient moins large de sorte que nous pouvons le traverser sur un pont. Ensuite nous le redescendons en longeant sa rive nord jusqu'à Tadoussac. Quelques arrêts agrémentent notre trajet : le joli village (un peu trop touristique) de Sainte-Rose du Nord ; la pittoresque chapelle en bois rouge et blanc de Tableau devant laquelle nous rencontrons un fabricant de nourriture lyophilisée qui arbore une moustache à la Vercingétorix. Ce monsieur nous offre généreusement toutes sortes d'échantillons de ses produits.

Enfin, la baie Sainte-Marguerite, réputée pour les troupeaux de bélugas, appelés aussi baleines blanches, qui viennent s'y réfugier. Effectivement, depuis le cap Sainte-Marguerite, on aperçoit leur dos blanc-argenté qui s'arrondit hors de l'eau et le jet de vapeur qu'ils projettent par leur évent.

A Tadoussac, nous avons réservé un dortoir dans une auberge de jeunesse festive. La soirée est animée par un concert de musique folk dans la cour de l'auberge. L'ambiance est appréciée par certains, le bruit redouté par d'autres … Mais nous n'avons à nous en prendre qu'à nous-mêmes si ce style ne nous plait pas car l'auberge est connue pour ses soirées dansantes et nous étions prévenus !

Dimanche 25 août

Au petit matin, nous embarquons sur un Zodiac de douze places avec pour objectif d'aller observer les baleines dans la zone de clapotis riche en plancton créée par le contact entre les eaux du Saint-Laurent et celles du Saguenay. Au niveau de Tadoussac, l'estuaire du Saint-Laurent mesurant 38 km de large, on distingue à peine l'autre rive bleutée au loin.

Nous traversons d'abord un troupeau de phoques qui nagent, museau en l'air.

Puis viennent les bélugas dont on distingue bien le dos blanc au moment où ils sautent. Ensuite un petit rorqual dont notre guide parle avec affection comme s'il le croisait tous les matins. Et enfin, clou de la matinée, deux grosses baleines à bosses en pleine pêche. Elles absorbent l'eau de mer en quantité énorme (l'équivalent d'une baignoire) et la recrachent en gardant le krill pour se nourrir.

Le paradoxe concernant cet énorme animal de 8-10 m de long est qu'il n'est capable de digérer que du plancton ou de minuscules organismes marins ; il doit donc en avaler des quantités gigantesques (plusieurs tonnes par jour) de sorte qu'il passe 20 heures sur 24 à se nourrir !

Dans le Saint-Laurent, à l'embouchure du fjord, se dresse le phare du Haut-fond Prince, dont le nom rappelle le bateau du Prince de Galles Edward qui, en 1860, s'échoua sur ce banc de sable. C'est depuis cet incident que l'on construisit le phare.

Notre Zodiac fait une courte incursion dans le Saguenay, prend de la vitesse, histoire de nous donner quelques émotions fortes, et puis retourne vers le port de Tadoussac.


L'après-midi se passe à marcher sur la plage et au milieu des rochers jusqu'à Pointe Rouge. Nous apercevons encore, mais de la terre cette fois, notre petit rorqual du matin qui vient nous saluer une dernière fois.

(A suivre)

Fiche technique

Mercredi 21 août

- En voiture : 200 km

- Hébergement à l'auberge La Fjordelaise (maison Rosalie), 370 rue Saint-Jean-Baptiste, Anse Saint-Jean, fjordelaise.com

Jeudi 22 août

- En voiture : 60 km

- A pied : 7 km ; + 295 m ; 4 h

- Même hébergement

Vendredi 23 août

- A pied : 18 km ; + 540 m ; 6 h

- Même hébergement

Samedi 24 août

- En voiture : 200 km

- A pied : 6 km ; 1 h 30

- Hébergement à l'auberge de jeunesse La Maison Marjorique, 158 rue du Bateau-Passeur, Tadoussac, ajtadou.com

Dimanche 25 août

- Excursion en Zodiac de mer

- A pied : 8 km ; 2 h  

- Même hébergement

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