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Saou-pe de semoule : quand les ados grimpent dans la Drôme | Avril 2026

Une semaine sous tente au camping à Saou, en immersion au pied des falaises : on croit souvent que le mieux c’est l’escalade, mais en fait c’est la pizza…

Publiée le lundi 15 juin 2026 à 22:11 (mise à jour le lundi 15 juin 2026 à 22:19)

Départ de Paris le lundi en train à 6h50 du matin, arrivée Valence à 8h55, ramassage de l'équipe en combo voiture+bus direction Saou, la semaine est placée sous le signe du rythme. Les tentes sont montées à 11h et à midi les mousquetons cliquettent déjà sur la falaise de la Graville.


Le premier dîner est spartiate et la fatigue se fait sentir : la semoule cuite à l'eau froide baignée dans de la sauce tomate tiède ne semble pas ravir tous les palais et la troupe traverse un moment de crise existentielle... Même l’ajout de sauce soja n’y fait rien : l'adage "Dis moi ce que tu manges, je te dirais qui tu es" résonne au plus profond des estomacs. Une crêpe Wahou permet un léger réconfort avant d'aller dormir, et le pic glycémique subséquent offre un moment d'amnésie collective à Antoine et Clémence qui ont désormais 24h pour trouver un moyen de faire chauffer la semoule sans gaz ni réchaud. 


Heureusement, le petit déjeuner est copieux et prolonge la trêve. Il paraît qu'on ne peut pas réfléchir l'estomac vide mais apparemment l'estomac plein non plus et c'est à grand renfort d’oeufs brouillés et de tartines de confiture que nous (Clémence et Antoine) détournons l'attention des jeunes de la vraie question : la semoule sera-t-elle chaude ce soir ?! La seule façon de le savoir est de laisser le temps passer, et nous prenons la direction de la Tour de Saou pour nous confronter à ses redoutables murs gris de 30 mètres. 

Escalade old school sur rocher lisse, prises plates, prises minuscules, prises invisibles, prises cachées, prises occupées par des insectes, prise qui a l’air bien de loin mais qui en fait n’est pas du tout une prise, paroi trois fois plus grande que le mur de Paris : la matinée est consacrée à la découverte de projets qui seront travaillés toute la semaine. Du 5b au 6b, les dégaines atteignent péniblement les relais et les mouvs sont calés. Reste à mémoriser l’ensemble mais la récente affaire de la semoule froide occupe beaucoup de mémoire vive et semble saturer le système, à moins que la mémorisation ne soit pas la compétence forte des adolescents… Qu’importe, nous avons un programme et nous le suivrons coûte que coûte ! 

L’après-midi Clémence bassine Noé, Ouri, Anouk et Titouan avec des histoires rébarbatives de manips de corde et de sécurité en paroi en prévision de la grande voie du lendemain (150m et un 6a dans l’affaire quand même!) pendant qu’Antoine retourne au pied des murs fissurés de La Graville avec Ava, Esteban, Josée, Colette, Eloise, Léon et Hugues pour faire des vrais trucs stylés : de l’escalade sur coinceurs ! Ces réjouissances (pour le groupe d’Antoine du moins) occupent le reste de la journée et l’inéluctable confrontation avec les restes de semoule froide de la veille approche… Afin de temporiser un dernier instant nous lançons une mode qui tiendra nos lecteurs en haleine encore quelques lignes : l’apéro nouilles instantanées ! En prévision d’une famine potentielle nous avions acheté non pas 15 mais bien 36 sachets de nouilles instantanées et l’occasion de sortir cet atout de notre manche nous apparaît comme une évidence car nous avons besoin d’un moment pour réfléchir à la conduction de la chaleur entre une source d’énergie que nous ne possédons pas et du grain de semoule aqueux. Le plan est d’instaurer un rituel quotidien de nouilles instantanées après l’escalade afin de pré-nourrir l’équipe qui, en cette fin de deuxième journée de stage, semble bien déterminée à manger chaud. L’idée est d’autant plus géniale qu’en allant chercher nos cartons de nouilles instantanées dans le grenier du camping nous apercevons… un four à micro-ondes ! Perché sur le frigo, il nous avait échappé la veille car nous mesurons tous deux moins d’1m70. Les réjouissances vont bon train et c’est l’esprit apaisé que nous coupons des légumes à faire griller à plancha. Ce soir c’est semoule chaude, sauce tomate bouillante, courgettes et aubergines grillées, sauce soja, compote et crêpes Wahou. Pfiou ! 

Une partie de loup-garou plus tard nous pouvons enfin reprendre le cours normal de nos vies.

 

Réveil matinal pour cette troisième journée qui est placée sous le signe de la grande voie : Anouk, Ouri, Titouan, Noé et Clémence partent grimper la voie Soif d’Aujourd’hui : 150m, 5b-5a-6a-5c, descente en rappel. Les autres prennent la direction de la falaise grise toute lisse avec des mauvaises prises pour travailler leurs projets. L’équipe grande voie progresse lentement mais sûrement et l’équipe projets poursuit son travail de répétition, de calage, de chute, de clippage de dégaine mais, en fin de matinée, la pluie surgit… En falaise la pluie mouille tout autant qu’autre part mais les escaladistes sont tenaces et pensent mieux savoir que les prévisions météo : ça va s’arrêter et dans une heure le rocher sera sec, pas de quoi changer les plans ! L’intensification des précipitations impose un petit arrêt dans la progression de l’équipe grande voie et un moment jeu de carte en kway sous un arbre à l’équipe projets, histoire d’attendre que ça passe. De toute façon dans vingt minutes c’est sec. Une heure plus tard nous nous retrouvons dans la guinguette du camping, à l’abri de la pluie battante qui aura eu raison de nos meilleures volontés. Une aubaine pour un moment culturel : en deux temps trois mouvements nous téléchargeons Valley Uprising et les jeunes découvrent l’histoire de l’escalade sur la falaise reine de l’ouest du nord du continent outre-Atlantique : le Yosemite ! C’est un peu plus grand que Saou mais l’esprit du documentaire est là : un camping, des falaises, des grimpeurs, des grimpeuses, de l’aventure. La différence c’est que nous, on a des douches chaudes. C’est en tous cas ce que nous croyons encore après les explications de Julien, le propriétaire du camping, en réponse à nos interrogations sur la température très fluctuante des douches de la veille. Et quoi de mieux qu’une bonne douche chaude après une après-midi pluvieuse ? Eh bien seuls trois ou quatre d’entre nous le saurons et pour les autres heureusement que la semoule est chaude. Pour ce troisième dîner nous innovons complètement et proposons, après l’apéro nouilles instantanées, un menu inédit : semoule, sauce tomate, sauce soja, courgettes grillées, compote et crêpes Wahou. Félicitations à l’équipe plancha qui a réussi à griller les légumes sous la pluie ! 


Jour 4 ! Sur le modèle des expéditions himalayennes, nous montons une nouvelle équipe pour tenter d’aller en haut de la grande voie de la veille, en bénéficiant des informations de nos camarades ayant préalablement exploré la paroi jusqu’à sa mi-hauteur. Ce sont donc Ava, Josée, Eloise et Colette qui s’élancent en compagnie d’Antoine. Les autres prennent la direction de la falaise grise toute lisse avec des mauvaises prises pour travailler leurs projets. L’équipe grande voie progresse bien mais hélas les cordes s’emmêlent et font perdre un temps précieux aux ascensionnistes. Certaines interrogations cruciales trouvent néanmoins des réponses satisfaisantes, par exemple l’énigme “Mais Antoine je comprends pas à quoi elle sert la corde accrochée à mon baudrier là” est vite résolue. Nous avons rendez-vous à 18h avec Jean-Marc Belle du CAF de Saou, qui vient nous présenter l’histoire de l’escalade dans le quartier. Parfait écho au documentaire de la veille ! Il faut donc abandonner l’idée d’aller en haut de la grande voie… alors qu’en début d’après midi l’équipe projets, riche de succès retentissants, se dirige vers les fissures de La Graville pour poursuivre son apprentissage de la pose de coinceurs avec Clémence dont l’aura a triplé en envergure depuis que les jeunes savent qu’elle a, elle aussi, grimpé et bivouaqué sur les parois du Yosemite, l’équipe grande voie accueille comme il se doit la nouvelle qu’il faut redescendre car il est déjà tard : sourcils relevés, mâchoire pendante, yeux écarquillés, la team est chokbar ! “Mais nan Antoine c’est bon allez on y va, en vrai c’est cool y a une bonne ambiance”. Les négociations sont brèves car Antoine n’a pas envie de passer pour gros looser qui ne va pas en haut de ses voies alors qu’il fait beau : hauts les cœurs, camarades ! Nous raterons l’intervention de Jean-Marc mais le sommet de la Soif d’Aujourd’hui sera nôtre ! Espérons que nos camarades en bas nous représenteront dignement… 6 heures d’escalade et 2 heures de descente en rappel plus bas, l’équipe est de retour au camping. Suite à la discussion avec Jean-Marc, l'équipe comprend que gravir la Tour de Saou n’est pas anodin, et les échanges vont bon train. Cet enthousiasme est évidemment ruiné par les douches froides et la perspective de manger, encore, de la semoule à la sauce tomate… Mais de leur longue expérience de vie, Clémence et Antoine ont tiré des leçons pleines de sagesse et décident de partager leur mantra le plus puissant : “Ce soir, c’est pizza. Choisissez-en 15.”. Passé le choc de l’annonce de la commande de 15 pizzas pour 13 personnes et des délicieux excès caloriques à venir, la paix sociale est de retour au camping de la Graville.  

Avant d’aller dormir une partie de loup-garou met tout le monde d’accord sur le fait que le rôle du loup blanc est abusé.


Qui dit dernier jour dit dernière chance d’enchaîner son projet, et dernier créneau pour terminer Soif d'Aujourd'hui. Clémence y retourne avec Léon, Titouan, Esteban et Hugues tandis que les autres prennent la direction de la falaise grise toute lisse avec des mauvaises prises pour travailler leurs projets. Ô jour glorieux, les projets ne résistent pas à la détermination sans limites d’une équipe qui puise dans ses dernières gouttes d’énergie. La fatigue est effectivement présente car après une première montée réussie (ou presque) nos athlètes s’effondrent et commencent à errer sans but au pied de la falaise. L’envie d’aller s'asseoir un peu là bas à l’ombre pour papoter, puis un peu là bas un peu moins à l’ombre pour manger du quatre quart, et enfin re là bas à l’ombre pour re papoter l’emporte sur une dynamique d’exploration verticale qui semblait pourtant sans fin ! Que faire ?! De son côté, Clémence et son équipe grande voie font aussi face à une situation de crise : deux sont en forme et vont vite, deux autres ont laissé une oreille ronflante dans leur tente. Ni une, ni deux, Clémence fait un choix radical : elle coupe la corde de elle fait redescendre Léon et Esteban en douceur qui sont accueillis par la team errance projet, et poursuit l’ascension en compagnie de Hugues et Titouan. Pour les autres, l’avenir proche est limpide : pieds dans la rivière, tapis de sol à l’ombre d’un arbre et limonade. La journée est encore longue et il faut savoir ménager ses troupes…   

Au retour de Hugues, Titouan et Clémence transis de joie et d’émotion après leur ascension réussie de la Tour, le temps file doucement au camping de la Graville. On discute, on bulle, on se fait des coiffures bizarres. Tout laisse penser que l’action est terminée et qu’il ne reste plus qu’à attendre samedi matin dans l’indolence… mais il n’en est rien ! En fin d’après midi l’équipe s’équipe pour une dernière tournée des falaises. Cordes, baudriers, casques, mais aussi pain, saucisses, fromage, pesto, réchauds, ketchup : c’est en corde tendue que tout le monde atteint le sommet de la falaise de la Graville par son arête Est. Sur place, hot dogs et sandwichs au soleil couchant, puis descente en rappel jusqu’au pied de la falaise. Qui dit pied de falaise dit escalade, et c’est à la frontale que nous avons grimpé jusqu’à tard dans la nuit. L’escalade sur coinceurs à la frontale et la moulinette dans le noir sans frontale  remportent le premier prix de l’élévation spirituelle.  


Le samedi, comme si de rien n’était, les tentes disparaissent et tout le monde rentre chez soi. Au grand bonheur de toutes et tous, il faut finir les restes : nouilles instantanées, pain, fromage, quatre quart, saucisson… tout doit disparaître dans un pique nique gargantuesque ! Étonnamment un paquet de semoule résiste encore et toujours… Une fois les sacs faits et les restes dévorés, ça y est : c’est fini ! 


On raconte que la trace d’un tas d’adolescents étalés sur leurs tapis de sol marque encore l’emplacement central du camping de la Graville, vestige d’une dernière nuit à la belle étoile sous le signe de l’escalade et de la semoule froide au ketchup…