A Fontainebleau, la forêt face au défi climatique
Une synthèse de nos échanges avec l’ONF samedi 26 septembre à l’occasion de la Fête du Club
Publiée le mardi 29 septembre 2026 à 23:28 (mise à jour le mardi 29 septembre 2026 à 23:32)
À midi, nous retrouvons Mathieu, responsable du service environnement et accueil du public de l’Office National des Forêts (ONF) sur le site du Calvaire, à Fontainebleau. Nous sommes une soixantaine à l’écouter, assis en cercle autour de lui.
Il nous invite à regarder les houppiers brûlés des arbres qui nous entourent. Les feuilles sont calcinées. Les cinq épisodes de sécheresse qui ont frappé la forêt cet été lui donnent des allures post-automnales.
Après l’incendie qui l’a ravagée en juillet, la forêt rouvre progressivement au public. Il y a une quinzaine de jours encore, des fumerolles subsistaient et les pompiers intervenaient sur les derniers foyers.
Représentant près 25 000 hectares, soit environ deux fois la superficie de Paris, la forêt de Fontainebleau est gérée par 18 techniciens. Au quotidien, ils cherchent à concilier les trois fonctions principales (préserver la biodiversité et les paysages, accueillir le public et exploiter la ressource en bois) et à gérer les pressions croissantes qui pèsent sur elle.
Première pression, la fréquentation
Espace naturel le plus fréquenté d’Europe (15 millions de visiteurs par an), Fontainebleau est également l’une des forêts les plus protégées de France (Forêt de protection, site classé, Natura 2000, réserve de biosphère de l’UNESCO).
A l’intérieur du massif, certaines zones bénéficient d’une protection encore plus poussée. Dans les réserves biologiques intégrales, la forêt est laissée en libre évolution. Dans les réserves biologiques dirigées, l’ONF intervient au contraire pour préserver certains habitats ou certaines espèces.
Mais la notoriété du massif constitue aussi sa faiblesse. Des compteurs permettent de mesurer la fréquentation, les parkings arrivent régulièrement à saturation et certains espaces concentrent une pression considérable. Sur le célèbre circuit des 25 Bosses (en réalité 28), jusqu’à 2 000 personnes peuvent se succéder au cours d’une même journée !
Les conséquences sont très concrètes : tassement des sols, érosion, élargissement des sentiers et dégradation des systèmes racinaires.
Deuxième pression, le réchauffement climatique
À la pression humaine s’ajoute désormais celle du réchauffement climatique. Le déficit hydrique fragilise progressivement la végétation. Même le pin sylvestre, pourtant réputé résistant aux conditions difficiles, souffre.
Dans certains secteurs, 40 à 50 % des arbres présenteraient aujourd’hui un dépérissement avancé. Une situation d’autant plus difficile à gérer que les sols de Fontainebleau sont souvent sableux et retiennent peu l’eau.
Le changement climatique oblige les forestiers à diversifier les essences, travaux de modélisation climatique à l’appui. Pour les 30 000 plants introduits chaque année, les feuillus adaptés à un climat méditerranéen sont désormais privilégiés par rapport aux résineux. Certains pins, plantés il y a plusieurs décennies, sont progressivement coupés afin de favoriser leur développement. Pour faciliter l’installation des jeunes feuillus, essentiellement des chênes, les fougères sont également « bâtonnées ».
Le risque incendie
L’une des conséquences du réchauffement climatique est l’augmentation du risque incendie. L’ONF se préparait au scénario d’un méga-feu depuis plusieurs années avec notamment l’installation de citernes, une surveillance par drones, des patrouilles à terre et une coopération intensifiée avec les pompiers. En 2025 encore, des exercices ont été organisés avec des Canadair venant écoper dans la Seine.
Les forestiers et les pompiers surveillent notamment la combinaison de plusieurs facteurs de risque, résumée par la fameuse « règle des 30 » : une température autour de 30 °C, une humidité inférieure ou proche de 30 % et un vent approchant 30 km/h. Lorsque ces conditions se cumulent, le risque d’incendie augmente fortement.
Une cinquantaine de départs de feu sont recensés chaque année dans le massif. À Fontainebleau, cet été, tous ont été d’origine humaine, alors que la proportion généralement avancée à l’échelle nationale est d’environ 90 %. En juillet, ce sont, par exemple, les travaux de réparation d’une glissière de l’autoroute et l’étincelle d’une disqueuse qui auraient mis le feu à la végétation puis à la forêt jouxtant l’A6.
Pour réduire les risques de départ de feu, l’ONF a ainsi décidé de fermer certains secteurs au public. Cette décision, impopulaire, s’est toutefois avérée efficace. Il ne s’agissait plus seulement de protéger les visiteurs des dangers de la forêt, mais de protéger la forêt de ses visiteurs.
Gérer l’après-incendie
Plusieurs zones ont été touchées cet été, notamment le secteur de Noisy, sur environ 1 600 hectares, ainsi que la Faisanderie et Barbizon. Les deux premiers resteront fermés jusqu’en septembre 2027.
Il s’agit du pire incendie jamais enregistré dans les environs, après ceux de 1921 (762 hectares) et de 1945 (825 hectares), selon les archives remontant à 1863.
Une partie du bois brûlé doit être évacuée pour sécuriser les chemins et réduire la quantité de matière combustible. Mais tout retirer n’est pas nécessairement souhaitable : le bois mort participe lui aussi au fonctionnement de l’écosystème.
Avant même d’envisager la restauration, il faut surtout sécuriser. Dans les secteurs incendiés, les arbres fragilisés peuvent tomber les uns sur les autres. Mathieu parle d’un « effet Mikado ». C’est notamment pour cette raison que certaines zones restent aujourd’hui interdites au public.
L’incendie a également rendu instable les nombreux rochers présents au sein de la forêt. L’ONF a fait appel au service de restauration des terrains en montagne (RTM) qui mesurent leur risque de chute et d’explosion
Dans un second temps, des chantiers seront ouverts au public – notamment aux 6500 personnes qui se sont déclarées volontaires via le formulaire mis à disposition sur la page web de l’ONF dédiée à la gestion de l’après-incendie. Ils permettront de restaurer les sentiers, de lutter contre l’érosion ou encore de ramasser les déchets. Dès aujourd’hui, des glands sont collectés puis placés en pépinière afin de contribuer, à terme, au renouvellement de la forêt. Il est possible d’aider en s’inscrivant ici.
Même la chasse prend place dans cette stratégie. Pour l’ONF, elle constitue pourtant « un outil de gestion sylvicole » : la « régulation » du grand gibier permet de limiter la pression exercée sur les jeunes pousses et ainsi de faciliter la régénération.
Au final, cet échange passionnant aura permis aux adhérents de prendre conscience de la diversité des tâches de l’ONF et de la complexité de sa mission : garder une forêt accessible à tous, tout en la protégeant des risques climatiques et de sur-fréquentation.
Article rédigé par Romain Gerardi (adhérent au CAF Ile de France)